Un Québécois à Bruxelles – Nicolas

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Le Queb : 31 piges, un goût de voyage et de vie à l’européenne.

Je n’ai pas choisi Bruxelles, la vie l’a mise sur mon chemin. J’ai dit oui pour un job qui m’emmenait aux quatre coins du monde. Et maintenant quand je pars, je regarde en arrière : j’ai la surprise que Bruxelles me plait bien.

 

 

 

VOUS SAVEZ CE QUE C’EST UN CATÉNAIRE? MOI, HIER, JE N’EN SAVAIS RIEN.

Gare du midi – Bruxelles – Comptoir Thalys

Gars du guichet : « Votre train est retardé Monsieur. »

Moi : « Et vous avez une idée de l’heure à laquelle il devrait arriver? J’ai un avion à prendre à Schipol dans deux heures. »

Gars du guichet : « Ouh la ! C’est que c’est un problème de caténaire, vous savez ! »

Moi : « Ah ouais, un problème de caténaire… »

Gars du guichet : «  Si j’étais vous, je ne compterais pas là-dessus. »

Gare du midi – Bruxelles – Comptoir KLM

Moi : « Bonjour, mon train est retardé et je risque fortement de ne pas pouvoir prendre mon avion à temps. »

Le mec KLM : « Vous allez où ? »

Moi : « Amsterdam, Schipol. »

Le mec KLM : « Ah oui hein ! C’est un problème de caténaire hein ! »

Moi : « Oui, je crois oui, un problème de caténaire… »

Le mec KLM : « Donnez-moi une petite minute et je suis à vous mon cher monsieur. »


 

C’est donc à bord d’un Thalys Bruxelles-Schipol – celui d’aujourd’hui, pas celui d’hier qui était en retard de près de trois heures (c’est bien connu, les problèmes de caténaire tracent nos destinées à très grande vitesse) – que je vis mon voyage en décalé et que j’écris. Puisqu’il fallait se lancer (et que j’avais déjà dit oui), qu’y avait-il de mieux qu’un voyage en train, véritable fendeur de territoires et indomptable révélateur d’horizons, pour se laisser prendre au jeu?

Toi (c’est-à-dire moi), Nicolas, québécois trentenaire (canadien de passeport), montréalais de cœur et homme ordinaire, tu seras l’imposteur de ce blog. Pendant que les uns et les autres clameront leurs « Bye Bye Bruxelles », toi, tu lui diras bonjour. Tes retours au bercail, l’ultimatum de tes épopées, ce sera dorénavant chez elle que tu les dégusteras.

Tel est mon défi.

Avant toute chose, merci Louise. Merci pour ton invitation à parler de mon expérience au monde, au voyage et au travail outre-mer, de l’impossibilité de ne pas s’émouvoir face aux regards d’outre-terre. Ce sera à la fois pour moi le parfait exutoire de ma nostalgie (compagne de voyage par excellence) et le miroir public de mes péripéties (compagnes de voyage par excellence).

J’en ferai une affaire personnelle et me mettrai à nu. Une occasion de plus pour exacerber ce moi, pour faire vibrer le « je », cette chose étrange qui nous habite et dont l’air du temps fait l’apogée, à grands coups de reflets d’existences instagramées, d’amour fuyants tinderisés et de révolutions (sur)facebookées.

Ça y est, c’est fait, je me suis lancé et je m’engage à ce que des petits bouts d’existence vous soient livrés. Et des liens parfois, sur les choses importantes de la vie…

 

ps : ceci est un caténaire.

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JAMAIS LE MONDE NE M’A PARTAGÉ AUTANT DE JOURS DE PLUIE QUE DEPUIS MON ARRIVÉE À BRUXELLES.

 

Les arrivées, l’émerveillement, la rencontre de l’autre, les chocs et les caresses culturels, la mosaïque magistrale d’une myriade de miroirs identitaires fragmentés par le temps et la distance, les « au revoir », les adieux qu’on ne prononce pas et les retours qui témoignent inévitablement de nos départs : les voyages sont tels les pluies de la mousson s’abattant sur l’océan d’une vie usuellement rempli au compte-goutte.

Certains ouvrent grande la bouche, lèvent légèrement la tête et s’abreuvent en courant nus sous la pluie.

D’autres restent au sec.

Moi, c’est la peur de m’assécher qui me fait oser. Je sors dehors presque hésitant, la tête un peu basse pour jeter un œil où je mets les pieds. Je goutte à la pluie et je me laisse aller petit à petit, timidement. Un fantasme de l’ordinaire…

***

Il y a à Bruxelles une pluie dont je n’avais jamais expérimenté le mouillage auparavant. Une bruine grossière qui semble défier la gravité par la façon dont elle nous happe horizontalement. Un velouté de gouttelettes suspendues dans l’espace urbain. Une pluie bruxelloise.

Jamais le monde ne m’a partagé autant de jours de pluie que depuis mon arrivée à Bruxelles. On m’avait prévenu de l’automne et de l’effet de l’hiver, d’un froid cru et humide qui vous traverse les os, de ces quelques degrés qui tanguent de part et d’autre du zéro. En tant que Montréalais de souche, je m’étais bien gardé d’avoir crainte… La goutte au nez, je révise et conjugue grelotter à tous les temps. Un froid bruxellois.

Et puis le temps passe, on se surprend à apprécier le parapluie et l’accompagnement unique qu’il nous procure lors de nos promenades d’un refuge à l’autre. On s’imagine un soleil inébranlable derrière la nébuleuse nuageuse et on découvre ces petits rayons qui s’échappent du cœur des Bruxellois : un humour franc et volontaire (croquant comme leurs frites), un accueil généreux et chaleureux (qui n’a d’égal que le réconfort de leur stoemp) et une authenticité toute cosmopolite (le résultat probable d’un doux mélange de Commission européenne et de sélections de bière qui tendent vers l’infini). Du soleil bruxellois.

***

Les voyages, comme la pluie, nous heurtent souvent dans notre conception du confort. Ils redéfinissent notre rapport au quotidien et nous forcent à redécouvrir les plaisirs oubliés de la maison et les fondements du parapluie.

On sait fort bien (c’est quelque part écrit dans nos gênes, une certitude biologique forgée en nous à grands coups de millénaires), qu’à la mousson succèdent floraisons, récoltes et festins partagés.

Parfois, mes soleils me manquent.

En attendant, lorsqu’il pleut des cordes, je marche sur Bruxelles pour m’y accrocher.

Nicolas

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